Boeing vs Airbus, ou l'histoire d'un duel sans fin !

Si l’élection du nouveau Président américain Joe Biden peut laisser entrevoir une amélioration des conditions de négociations entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, il y a cependant des sujets de discordes historiques qui risques de perdurer. Le conflit entre les deux géants de l’aéronautique Airbus-Boeing avec comme arbitre l’OMC fait partie de l’un d’eux. Les dernières décisions de l'OMC ne permettent pas de percevoir le bout du tunnel.

Retour sur une histoire sans fin...

Telechargement 1

 

Les origines... lointaines !

Il s’agit sans aucun doute du conflit le plus long et le plus inextricable de l’histoire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Commencé en 2004, donc depuis maintenant seize ans, les deux principaux constructeurs aéronautiques, s’accusent mutuellement d’avoir perçu des aides d’Etat indues au regard des règles des échanges internationaux.
Ce contentieux, sans vainqueur ni vaincu, où chaque camp porte sa part de responsabilité, n’en finit pas d’empoisonner les relations entre les deux puissances économiques.
Il y avait pourtant à l’origine un consensus sur le sujet puisque en 1992 les Etats-Unis et l'Union européenne signent un accord stipulant que les Etats peuvent accorder des avances remboursables aux constructeurs aéronautiques jusqu'à 33 % de frais de recherche et de développement. Le remboursement de ces avances devant intervenir sur 17 ans.

Pourtant dès 2004, Boeing dépose sa première plainte contre Airbus notamment avec Harry Stonecipher, PDG de Boeing qui s'indigne des subventions et prêts dont bénéficieraient « injustement » Airbus.

C’est le début d’un bras de fer sans fin.

Coup pour coup !

Très vite, l'affaire prend de l'ampleur et la même année avec l’annonce que les Etats-Unis vont porter plainte contre l'Union européenne devant l'OMC, Bruxelles réplique en portant également plainte auprès de la même institution contre les « subventions massives » touchées par Boeing.
En 2010, l'OMC rend son rapport définitif sur le différend et recommande que soit retirée sous 90 jours, « chaque subvention (à Airbus) dont il a été constaté qu'elle était prohibée ». Pour Boeing, 70 % des demandes des Etats-Unis ont été reconnues fondées par l'OMC, et le préjudice commercial subi depuis des années ne fait aucun doute. Boeing indique qu'Airbus va devoir rembourser 4 milliards de dollars d'aides illégales perçues pour l'A380.
Mais dès 2012, l’OMC confirme également des aides illégales octroyées à Boeing ! L'avionneur américain a reçu pour plusieurs milliards de dollars d'aides illégales.
Suivra en 2016, un nouveau rapport du gendarme du commerce mondial, qui annonce que l'Union Européenne n'aurait pas mis en application ses injonctions et aurait même continué à octroyer à Airbus des aides financières non conformes.
En 2019, selon la condamnation de l’OMC contre Airbus, Washington est en droit d’imposer des taxes sur un volume de produits importés de l’UE représentant un total de 7,5 milliards de dollars (6,4 milliards d’euros). A ce stade, les sanctions américaines ne portent que sur la moitié de ce chiffre, mais pénalisent déjà lourdement des secteurs qui s’estiment injustement ciblés. Les vins français sont ainsi frappés d’une taxe de 25 %, fragilisant la filière sur son premier marché d’exportation. Les vins allemands et espagnols, ainsi que des whiskys britanniques, sont également visés.

Et enfin 2020

Bruxelles contre-attaque, et va à son tour imposer des sanctions douanières contre Washington comme l’y autorise l’Organisation mondiale du commerce. 

En effet, l’OMC, qui assure maintenant que l’UE s’est mise en conformité avec les règles et devant le refus des américains de lever leurs sanctions, a autorisé le 13 octobre dernier les européens, à leur tour, d’imposer des sanctions douanières contre les Etats-Unis.
Suite à l'annonce Airbus avait appelé à l’apaisement. Il n'a manifestement pas été entendu, puisque Bruxelles annonce imposer des droits de douanes supplémentaires de 15 points sur les avions moyen et long-courriers et d’autre part de 25 points sur une série de produits agricoles, agroalimentaires et de biens industriels.

L’occasion du changement à la tête des Etats-Unis ne serait-il pas l’occasion d’une nouvelle tentative de réconciliation ? Il faut garder à l’esprit que le duopole Airbus-Boeing ne sera pas éternel. Les deux groupes devront bientôt compter avec le chinois Comac, qui est prêt à jouer les arbitres sur ce marché !