L’excédent commercial chinois au-delà de 1 000 milliards de dollars : un signal de puissance… et de tensions

fmorelle Par Le 2026-01-03

Le franchissement du seuil des 1 000 milliards de dollars d’excédent commercial par la Chine marque un tournant : il ne s’agit plus d’un simple “bon chiffre” macroéconomique, mais d’un indicateur de déséquilibre mondial qui reconfigure les débats industriels et commerciaux, notamment en Europe. Début décembre 2025, plusieurs sources convergent sur un constat : le surplus chinois a dépassé 1 000 Md$ sur l’année (ou, selon les méthodologies, sur les 11 premiers mois), un niveau inédit.

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1) Un surplus record porté par la machine exportatrice

Les données douanières publiées début décembre 2025 illustrent la dynamique : en novembre 2025, les exportations chinoises ont progressé de +5,9% sur un an, tandis que les importations n’augmentaient que de +1,9%. Sur le même mois, l’excédent s’est établi à 111,68 Md$, contre 90,07 Md$ en octobre. Autrement dit, la Chine vend davantage au reste du monde qu’elle n’achète, et l’écart se creuse. 

Cette performance s’explique par un faisceau de facteurs :

Capacités industrielles considérables (et en expansion) dans des secteurs à forte intensité capitalistique : équipements électriques, électronique, batteries, solaire, véhicules.

Demande intérieure insuffisante : lorsqu’une économie consomme moins que ce qu’elle produit, l’export devient la variable d’ajustement.

Stratégie industrielle assumée : la Chine “double la mise” sur un modèle tiré par les exportations, y compris dans des segments de technologie avancée, malgré les critiques croissantes de ses partenaires. 

Résultat : la “vague” de biens chinois sur les marchés mondiaux n’est pas conjoncturelle ; elle correspond à un choix de modèle, renforcé par les difficultés du marché immobilier et la pression déflationniste, qui poussent la production à chercher des débouchés externes. 

2) L’Europe face à une équation à trois inconnues

Pour l’Union européenne, le sujet est d’abord arithmétique. En 2024, l’UE a importé 517,8 Md€ de biens chinois et exporté 213,3 Md€, soit un déficit de 304,5 Md€. La Commission européenne chiffre également le déficit 2024 autour de 305,8 Md€, confirmant un niveau très élevé (inférieur au pic de 2022, mais supérieur à 2023). 

Mais l’enjeu est aussi stratégique : l’Europe doit concilier trois objectifs qui entrent souvent en tension :

Protéger certains secteurs (risque de “désindustrialisation par surcapacité importée”).

Sécuriser ses chaînes d’approvisionnement (une partie des importations est difficilement substituable à court terme).

Accéder au marché chinois et y augmenter la part européenne… alors même que certaines filières européennes reculent.

Sur ce dernier point, plusieurs indicateurs illustrent la pression concurrentielle : en 2025, les exportations allemandes vers la Chine auraient reculé d’environ 10% (chiffres cités par une fédération allemande du commerce extérieur), signe des difficultés européennes sur ce marché.

Entre protection ciblée et “rééquilibrage” : la réponse encore incomplète

L’UE a déjà engagé une voie de défense commerciale ciblée. Exemple emblématique : le dossier des véhicules électriques, avec l’annonce de mesures provisoires à l’issue d’une enquête anti-subventions en juin 2024, puis la préparation de mesures définitives à l’été 2024.

Cependant, la difficulté européenne est de construire une réponse cohérente et durable : trop de protectionnisme renchérit des intrants clés et alimente les représailles ; trop peu de réaction expose à une concurrence soutenue par des capacités et des politiques industrielles massives. Dans ce contexte, la priorité opérationnelle pourrait se résumer ainsi : protéger là où l’UE a un enjeu de souveraineté et d’emploi, tout en accélérant l’investissement productif européen (capacité, innovation, énergie, simplification) pour regagner des parts, y compris sur le marché chinois.

Autrement dit, le cap des 1 000 Md$ est moins un “score” qu’un signal : la mondialisation entre dans une phase où l’accès aux marchés ne se joue plus seulement sur les prix, mais sur la structure des modèles économiques et des politiques industrielles.