1) Un surplus record porté par la machine exportatrice
Les données douanières publiées début décembre 2025 illustrent la dynamique : en novembre 2025, les exportations chinoises ont progressé de +5,9% sur un an, tandis que les importations n’augmentaient que de +1,9%. Sur le même mois, l’excédent s’est établi à 111,68 Md$, contre 90,07 Md$ en octobre. Autrement dit, la Chine vend davantage au reste du monde qu’elle n’achète, et l’écart se creuse.
Cette performance s’explique par un faisceau de facteurs :
Capacités industrielles considérables (et en expansion) dans des secteurs à forte intensité capitalistique : équipements électriques, électronique, batteries, solaire, véhicules.
Demande intérieure insuffisante : lorsqu’une économie consomme moins que ce qu’elle produit, l’export devient la variable d’ajustement.
Stratégie industrielle assumée : la Chine “double la mise” sur un modèle tiré par les exportations, y compris dans des segments de technologie avancée, malgré les critiques croissantes de ses partenaires.
Résultat : la “vague” de biens chinois sur les marchés mondiaux n’est pas conjoncturelle ; elle correspond à un choix de modèle, renforcé par les difficultés du marché immobilier et la pression déflationniste, qui poussent la production à chercher des débouchés externes.
2) L’Europe face à une équation à trois inconnues
Pour l’Union européenne, le sujet est d’abord arithmétique. En 2024, l’UE a importé 517,8 Md€ de biens chinois et exporté 213,3 Md€, soit un déficit de 304,5 Md€. La Commission européenne chiffre également le déficit 2024 autour de 305,8 Md€, confirmant un niveau très élevé (inférieur au pic de 2022, mais supérieur à 2023).
Mais l’enjeu est aussi stratégique : l’Europe doit concilier trois objectifs qui entrent souvent en tension :
Protéger certains secteurs (risque de “désindustrialisation par surcapacité importée”).
Sécuriser ses chaînes d’approvisionnement (une partie des importations est difficilement substituable à court terme).
Accéder au marché chinois et y augmenter la part européenne… alors même que certaines filières européennes reculent.
Sur ce dernier point, plusieurs indicateurs illustrent la pression concurrentielle : en 2025, les exportations allemandes vers la Chine auraient reculé d’environ 10% (chiffres cités par une fédération allemande du commerce extérieur), signe des difficultés européennes sur ce marché.
Entre protection ciblée et “rééquilibrage” : la réponse encore incomplète
L’UE a déjà engagé une voie de défense commerciale ciblée. Exemple emblématique : le dossier des véhicules électriques, avec l’annonce de mesures provisoires à l’issue d’une enquête anti-subventions en juin 2024, puis la préparation de mesures définitives à l’été 2024.
Cependant, la difficulté européenne est de construire une réponse cohérente et durable : trop de protectionnisme renchérit des intrants clés et alimente les représailles ; trop peu de réaction expose à une concurrence soutenue par des capacités et des politiques industrielles massives. Dans ce contexte, la priorité opérationnelle pourrait se résumer ainsi : protéger là où l’UE a un enjeu de souveraineté et d’emploi, tout en accélérant l’investissement productif européen (capacité, innovation, énergie, simplification) pour regagner des parts, y compris sur le marché chinois.
Autrement dit, le cap des 1 000 Md$ est moins un “score” qu’un signal : la mondialisation entre dans une phase où l’accès aux marchés ne se joue plus seulement sur les prix, mais sur la structure des modèles économiques et des politiques industrielles.