Chaque jour, près de 20 à 21 millions de barils de pétrole transitent par ce détroit, soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et près d’un tiers du commerce maritime de brut. En incluant les produits pétroliers raffinés et le gaz naturel liquéfié (GNL), la proportion de flux énergétiques concernés est encore plus importante : environ un quart du commerce mondial de GNL emprunte cette route. Cette concentration exceptionnelle fait du détroit d’Ormuz un maillon essentiel du système énergétique mondial.
Une zone géopolitique sous tension
Depuis plusieurs décennies, le détroit est régulièrement au cœur des tensions géopolitiques entre l’Iran et les puissances occidentales, notamment les États-Unis. L’Iran a plusieurs fois menacé de bloquer le passage en réponse à des sanctions économiques ou à des opérations militaires dans la région. Une fermeture totale reste toutefois peu probable, car elle pénaliserait également les exportations iraniennes et celles de pays voisins.
Cependant, même une perturbation partielle peut avoir des effets majeurs. En mars 2026, l’escalade militaire dans la région a entraîné une chute spectaculaire du trafic maritime : seulement huit navires par jour ont traversé le détroit contre 138 habituellement, soit une baisse d’environ 94 % du trafic. Cette contraction brutale illustre la fragilité des chaînes logistiques internationales face à un point de passage aussi concentré.
L’énergie, première victime des perturbations
Le premier secteur touché est celui de l’énergie. La majorité des exportations pétrolières du Golfe, en particulier celles de l’Arabie saoudite, du Koweït et de l’Irak, dépend directement de ce passage. Une perturbation prolongée entraîne donc une tension immédiate sur les marchés. Lors des récents épisodes de crise, les prix du pétrole ont connu des hausses rapides, certaines cotations progressant de plus de 30 % en une semaine sur les marchés internationaux.
Le gaz naturel liquéfié est également concerné. Le Qatar, l’un des principaux exportateurs mondiaux, expédie la quasi-totalité de sa production par cette route maritime. Une fermeture du détroit menacerait ainsi l’approvisionnement énergétique de nombreuses régions, notamment en Asie et en Europe. Dans l’Union européenne, environ 10 % des importations de GNL proviennent du Qatar et transitent par ce passage stratégique.
Des impacts industriels inattendus
Si l’énergie est la première touchée, d’autres secteurs industriels subissent également les conséquences logistiques. Les perturbations maritimes affectent notamment l’approvisionnement en soufre, un produit chimique essentiel à l’industrie minière et métallurgique. Une grande partie de ce matériau provient des raffineries du Moyen-Orient. Or certains pays industriels, comme l’Indonésie, dépendent fortement de ces flux pour produire l’acide sulfurique utilisé dans le traitement du nickel et du cuivre. Des tensions sur les transports ont déjà entraîné une hausse des prix du soufre de 10 à 15 % et menacent la production de métaux stratégiques.
Les industries agricoles pourraient également être touchées. Le soufre et l’acide sulfurique interviennent dans la fabrication de nombreux engrais. Une perturbation prolongée du trafic pourrait donc affecter indirectement les chaînes d’approvisionnement agricoles, en renchérissant le coût des intrants.
Le commerce de marchandises également perturbé
Au-delà de l’énergie et des matières premières, le commerce international de biens manufacturés peut aussi être ralenti. Les compagnies maritimes hésitent parfois à traverser une zone jugée trop risquée, ce qui provoque des retards ou des détournements de routes. Plusieurs transporteurs ont ainsi choisi de contourner la région en passant par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique, ce qui allonge les trajets de près de deux semaines et renchérit fortement les coûts logistiques.
Ces perturbations peuvent bloquer des cargaisons entières. Par exemple, des centaines de conteneurs de produits industriels, comme des articles de cuir destinés aux marchés du Golfe, se sont retrouvés immobilisés en mer lors d’une récente crise. Les exportateurs doivent alors faire face à des retards de livraison, à une hausse des primes d’assurance maritime et à des coûts de transport en forte augmentation.
Un point de passage difficile à remplacer
Le principal problème du détroit d’Ormuz est l’absence d’alternative équivalente. Certes, certains pays ont construit des pipelines permettant de contourner partiellement ce passage, mais leur capacité reste limitée par rapport au volume total des exportations énergétiques du Golfe. En conséquence, une perturbation durable du détroit provoquerait un choc majeur sur les marchés mondiaux de l’énergie et sur les chaînes logistiques internationales.
Ainsi, bien plus qu’un simple passage maritime, le détroit d’Ormuz constitue un véritable baromètre de la stabilité économique mondiale. Tant que les flux y restent fluides, le commerce international fonctionne normalement. Mais dès que ce corridor stratégique est menacé, l’ensemble des marchés, énergie, matières premières et transport maritime, entre dans une zone de turbulences.