Des délais de paiement en progression constante
En 2024, les entreprises ont dû patienter en moyenne 62 jours pour être payées au niveau mondial, soit deux jours de plus qu’en 2023, selon le rapport sur les délais de paiement (DSO) d’Allianz Trade. Dans l’Union européenne, le délai moyen s’est également allongé pour atteindre 58 jours, marquant une hausse similaire par rapport à l’année précédente.
Ce chiffre global contraste avec des situations très variées selon les régions : en Amérique du Nord, la part des entreprises confrontées à des délais supérieurs à 60 jours reste plus faible qu’ailleurs, tandis qu’en Asie-Pacifique, un nombre significatif d’entreprises rapportent d’importants décalages de trésorerie, amplifiant les vulnérabilités financières.
Cette progression des délais de paiement s’accompagne d’une hausse du besoin en fonds de roulement (BFR), indicateur clé mesurant l’écart entre encours de créances clients et dettes fournisseurs. Au niveau mondial, le BFR moyen a atteint 78 jours en 2024, soit le niveau le plus élevé depuis la crise financière de 2008, obligeant les entreprises à mobiliser davantage de liquidités simplement pour financer leur cycle d’exploitation.
Des dynamiques régionales contrastées
Si la moyenne mondiale donne une tendance générale, les disparités régionales restent nettes :
Amérique du Nord : les structures de marché et les pratiques commerciales y limitent quelque peu l’impact des retards, mais la tendance reste à l’allongement des délais.
Europe : malgré des mécanismes de paiement plus structurés, les entreprises européennes voient leurs délais progresser, sous l’effet notamment de pressions sur les marges et d’une demande atone.
Asie-Pacifique : les délais sont souvent plus longs, avec une proportion plus élevée d’entreprises qui attendent plus de deux mois pour être réglées.
Selon le EU Payment Observatory, dans l’Union européenne, les périodes de paiement B2B ont augmenté de manière significative ces dernières années, retrouvant des niveaux supérieurs à ceux observés avant la pandémie.
Le cas français : une lente dégradation selon Coface
Les retards de paiement ne sont pas qu’un phénomène global abstrait : en France, une enquête de Coface publiée en octobre 2025 montre que 86 % des entreprises ont subi des retards de paiement au cours des 12 derniers mois, ce qui met fortement sous pression leur trésorerie. L’enquête indique également que le délai moyen de règlement dépasse 49,7 jours, nettement plus que dans des pays comme l’Allemagne.
Ces retards sont décrits comme plus fréquents et plus longs qu’auparavant, affectant toutes les tailles d’entreprises, mais pesant particulièrement sur les très petites entreprises (TPE) et les PME, souvent moins bien armées pour absorber ces chocs de trésorerie.
Secteurs les plus exposés et risques de contagion
Au sein des économies avancées, certaines branches d’activité sont particulièrement exposées. Chez Coface, l’industrie de la construction, les services B2C ou encore le transport figurent parmi les secteurs où les comportements de paiement se détériorent le plus rapidement, amplifiant les risques d’effets domino au sein des chaînes de valeur.
La persistance de ces retards agit comme un catalyseur de tensions financières : plus les entreprises attendent pour être payées, plus elles doivent mobiliser de liquidités ou s’endetter pour financer leurs opérations courantes, réduisant leur capacité d’investissement et augmentant leur vulnérabilité en cas de choc exogène.
Des conséquences au-delà des trésoreries
Les retards de paiement ne sont pas qu’un simple désagrément opérationnel : ils ont des répercussions économiques majeures. Allianz Trade et d’autres assureurs-crédit mettent en garde contre une hausse continue des défaillances d’entreprises, qui pourrait se prolonger jusqu’en 2026, aggravée par des taux d’intérêt élevés et une demande mondiale faible.
Pour les dirigeants, cette hausse des risques d’insolvabilité se traduit par un durcissement des conditions de financement, une montée du coût du crédit et une incitation accrue à surveiller les comportements de paiement de leurs clients et partenaires.
Réponses institutionnelles : du règlement européen au digital
Face à ce défi, des initiatives réglementaires sont en cours. À l’échelle européenne, le Parlement européen a adopté, en avril 2024, une révision de la directive sur les délais de paiement afin de les réduire par défaut à 30 jours, tout en conservant la possibilité de paliers contractuels allant jusqu’à 60 ou 120 jours selon les secteurs. Cette réforme vise à renforcer l’équité commerciale et à alléger les contraintes de trésorerie pour les entreprises les plus vulnérables.
Parallèlement, la généralisation de l’e-facturation obligatoire dans de nombreux États membres est perçue comme une piste pour améliorer la transparence des cycles de paiement et réduire les retards, bien que les effets de cette mesure ne soient pas attendus avant quelques années.
Conclusion : un défi structurel persistant
L’allongement des délais de paiement s’inscrit dans un contexte économique mondial fragile, marqué par des marges sous pression, des coûts de financement élevés et des incertitudes géopolitiques. Au-delà de simples indicateurs financiers, ces retards constituent un signal d’alarme pour la santé du tissu productif : ils aggravent les besoins de financement des entreprises, augmentent les risques d’insolvabilité et fragilisent les chaînes d’approvisionnement.
Face à ces défis, une combinaison de régulation, d’outils digitaux et de pratiques commerciales responsables semble indispensable pour restaurer un équilibre financier durable entre clients et fournisseurs.