L’endettement des ménages, un sujet mondial qui n’est plus tabou !

Un Ministre disait récemment qu’en période de crise particulièrement, le pays ne peut se priver de l’activité économique générée par l’achat à crédit. Si le crédit à la consommation est devenu un élément indissociable de la vie des consommateurs du monde entier, il en est de même pour ses conséquences négatives comme l’endettement voir le surendettement.
La perception de l’endettement a changé au gré de l’évolution socioculturelle des pays. Quand jadis, il était normal d’épargner l’argent nécessaire pour effectuer des achats, de nos jours, on observe le comportement inverse. Acheter maintenant et payer plus tard  est une philosophie qui est bien ancrée dans de nombreuse cultures et qui n’est plus considérée comme étant un comportement « immoral ».
Voyage au centre de la dette…

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Endettement ou surendettement, définition et mécanisme…

Le terme endettement désigne la situation dans laquelle un acteur économique, qui peut être un ménage, une entreprise ou même une collectivité, s'est engagé à rembourser un crédit auprès d'un créancier. Dans la majorité des cas, ces dettes sont contractées auprès d'un organisme financier, et plus particulièrement une banque.
Les raisons d’un choix d’endettement sont de façon générale a peu près identique selon les pays. On trouve notamment l’achat d’un bien immobilier, d’un bien de consommation ou encore pour réaliser des travaux.
Il est important de préciser que le concept d’endettement n’est pas strictement lié à des difficultés financières. En effet, on peut avoir les fonds disponibles pour un achat, mais préféré emprunter tout ou une partie de la somme nécessaire à l’acquisition, pour préserver son épargne et une certaine flexibilité dans son budget.
C’est d’ailleurs la différence avec la notion de surendettement !
Selon les articles L.711 et L.712-2 du code de la consommation, le surendettement désigne une situation financière très difficile dans laquelle il y a « impossibilité manifeste pour le débiteur de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles exigibles ou à échoir ». Donc, on parle de surendettement quand on ne peut pas rembourser les sommes qu’on doit à son créancier. Il n’existe pas de seuil officiel de dette par rapport aux revenus pour parler de surendettement. Dans les fait, une banque ou un organisme de crédit ne permettra pas à un ménage d’aller au-delà d’un taux d’endettement de 33%.

Exemple d’un pays, le Canada


La situation du Canada est intéressante vis-à-vis de la question de l’endettement des ménages.

En effet, même si l’endettement est une forme de financement largement admise, une étude récente montrait que le niveau atteint par les ménages canadiens à atteint un pic historique. Selon l’agence fédérale cette dette, exprimée en pourcentage du revenu disponible, est de 170.7 % fin 2020, elle était de 162.8 % le trimestre d’avant. Concrètement cela signifie que pour 1 dollar de revenu, un ménage canadien doit 1.70 dollar… Un ratio parmi les plus élevé du monde.

Ce niveau d’endettement très élevé est lié à la facilité d’accès au crédit, notamment grâce à la carte de crédit qui permet d’acheter et de ne payer que plus tard moyennant un taux d’intérêt qui peut aller jusque 20 %  ou encore le « credit score » qui est une sorte de cote de confiance attribué par les banques à leurs clients… des outils qui font entrer le consommateur dans une spirale d’endettement voir de surendettement.
Les spécialistes précisent que la hausse de l’immobilier dans le pays est également pointer du doigt pour expliquer la situation.

Cette tendance à l’endettement a entraîner la mise en place de solution spécifique. Par exemple, en 2009, la création de la « proposition de consommateur ». Ce dispositif, qui doit être valider obligatoirement par ce qu’on appelle un Syndics autorisés en insolvabilité (SAI), permet à un ménage qui en fait la demande et qui remplit les conditions (par exemple que le total des dettes n'excède pas 250 000 $) d’agir sur sa dette.
Le système permet entre autre de réduire le montant total dû, ou encore d’étaler les remboursements sur une plus longue période.
Ainsi, avec un maillage de plusieurs centaines de SAI à travers le pays, il est aussi facile d’accéder à la proposition de consommateur à Laval, Winnipeg ou encore Vancouver. Le succès de ce système est incontestable, ces dernières années des milliers de Canadiens ont sollicité la procédure.

La Banque du Canada avait également mis en place des mesures drastiques afin de protéger les consommateurs du surendettement. Si ses efforts semblent avoir porté leurs fruits puisque le montant des nouveaux crédits a sensiblement diminué, il apparaît que parallèlement le niveau des revenus ayant également baissé, aucune régression du taux d’endettement n’a été enregistrée.

Et dans le reste du monde ? Et quid de l’effet coronavirus ?

De nombreux pays on un ratio d’endettement des ménages en pourcentage des revenus supérieur à 100. C’est notamment le cas pour la France (116 %), Etats-Unis (104 %), le Danemark (256 %) ou encore le Japon (107.02). D’autres pays s’en sortent mieux comme l’Allemagne (96.21%), l’Italie (88.18%) mais aussi le Brésil (52 %).

Le problème pour l‘ensemble des pays du monde, c’est que l’endettement élevé des ménages et des entreprises à la veille de la crise du coronavirus a augmenté la vulnérabilité de plusieurs pays.
En Europe par exemple l’économie est sous assistance respiratoire depuis le début de la pandémie, masquant ainsi une réalité préoccupante. Entre les mesures de chômage partiel (environ 42 millions de personnes), les fonds d’aide ou encore les reports de loyers comme en Allemagne ou au Royaume-Uni, les répercussions de la crise sur les finances des ménages ne se fait pas encore véritablement sentir. Qu’en sera-t-il à la fin de de ces aides ?

Dans de nombreux pays, si les mesures de soutien aux ménages ont permis de préserver une part importante de l’emploi et des revenus disponibles,  l’augmentation du chômage attendue après la crise sanitaire pourrait limiter la capacité de remboursement de la dette des ménages. 
Le risque n’est pas tant une explosion des défauts de remboursement de crédit, mais que la lourde charge de remboursement handicape la relance de la consommation et donc la reprise.